Retracer sa vie de joueur

⚠️ L’importance des dates
Les outils évoluent sans cesse, bien plus vite que ma bande passante pour maintenir à jour cette base de connaissances (car ce n’est pas mon travail à plein temps, m’voyez).

Il est possible que le contenu de certains articles ne soit plus tout à fait valable au moment où vous le lisez. Remettez donc toujours les pages dans le contexte de leur date d’écriture, c’est important.

Peut-on réfléchir à la notion de productivité dans des activités purement récréatives comme les jeux vidéo ? Si on le voit comme un moyen de prendre de meilleures décisions futures, pourquoi pas.

Pendant les dernières vacances de Noël, j’ai fait un peu d’archéologie. Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je me suis mis en tête de retracer l’intégralité de mon parcours vidéoludique, avec un niveau de détail qui me fera passer pour un cinglé auprès de tous ceux qui ne comprennent pas ce qu’est une passion.

En fait, ce travail d’archiviste a commencé en 2010 avec mes premiers pas sur SensCritique, un service que j’ai longtemps trouvé génial, mais qui m’a beaucoup déçu ces dernières années (j’ai l’impression que ça coïncide avec le moment où certains fondateurs ont quitté la navire, mais je ne connais pas le dossier de l’intérieur alors j’en resterai là dans mes suppositions). Et comme ils n’ont toujours pas sorti l’API que tout le monde leur réclame depuis dix ans, il a fallu se retrousser les manches.

Archéolojeux

L’objectif était donc de (re)constituer une base de données de tous les jeux vidéo auxquels j’ai joué dans ma vie. Une sorte de journal de bord — aussi bien documenté que possible — de ma vie de joueur. J’ai eu des périodes de jeu plus ou moins intenses dans ma vie, mais la passion du gameplay ne m’a encore jamais quittée jusqu’à présent.

Pour chaque jeu, j’ai cherché à compiler plusieurs données intéressantes :

  • La machine sur laquelle j’y ai joué.
  • L’année de sa sortie.
  • L’année durant laquelle j’y ai joué.
  • La date d’achat.
  • Le prix d’achat.
  • Une estimation du temps passé sur le jeu.
  • La date à laquelle j’ai commencé à y jouer.
  • La date à laquelle j’ai arrêté d’y jouer.
  • La note sur 10 que je lui attribue (dans sa subjectivité la plus totale).
  • Un système de tags pour faire des listes qui m’intéressent (jeux PS+, jeux platinés, jeux abandonnés, ceux auquel j’ai joué pendant plusieurs années, etc.).
  • Un espace de notes entièrement libre, où je puisse écrire tout et n’importe quoi sur le jeu. L’endroit idéal pour archiver mes plus beaux souvenirs.

L’objectif est que chaque jeu se retrouve avec une page de ce style :

Exemple d’une fiche de ma base de données de jeux vidéo
Certains ont peut-être déjà reconnu Notion. 👀

Le résultat final ressemble à un immense tableau qui agrège les fiches de chaque jeu, où différentes visualisations me permettent d’afficher, trier, et ranger toutes les informations qui m’intéressent. Je vous montrerai ce que ça donne juste après. Revenons d’abord sur le cheminement pour constuire ce musée vidéoludique personnel.

À la conquête des données

Certains éléments de ma liste (machine, date de sortie) ne sont pas difficiles à compiler, surtout lorsqu’on peut compter sur le remarquable travail communautaire et encyclopédique des wikipédiens.

Mais comme il s’agit là de créer une bribe d’encyclopédie de ma vie, la tâche pour dénicher les autres données (purement personnelles) devient de plus en plus difficile à mesure que je remonte dans le temps. Car non, vous ne trouverez pas sur Wikipédia le prix auquel vous avez acheté TimeSplitters 2 en 2002 — ni même sur les serveurs défaillants de Micromania, d’ailleurs.

Si vous avez pris l’habitude de documenter tout ça en créant un système simple (comme ce fut mon cas il y a quelques années, même si je regrette de ne pas avoir commencé plus tôt), c’est plutôt facile. Je ne joue quasiment pas sur PC, mais il me semble que Steam fait d’ailleurs une bonne partie du boulot automatiquement. En revanche, si vous devez partir à la conquête des données en démarrant de zéro, à la seule force de votre mémoire, alors l’ampleur du chantier risque vite de vous décourager. Il n’y a bien que les tarés de la documentation dans mon genre qui seront prêts à faire cet effort.

Si jamais vous souhaitez vous aussi lancer les fouilles, le truc qui m’a le plus aidé est probablement l’historique de mes trophées sur le PSN. Ces immortalisations horodatées de ma progression dans les jeux furent très utiles dans l’optique de récupérer ce genre d’infos (notamment les dates auxquelles j’ai joué à certains jeux) avec plusieurs années de retard. La froide exactitude des données permet aussi de réaliser à quel point nos souvenirs ne sont pas toujours très fiables.

Mon historique d’e-mails a aussi joué un rôle incountournable pour retrouver certaines dates, prix d’achat ou autres informations intéressantes pour constituer cette base de données. Je peux dire merci au moteur de recherche supersonique de Superhuman. Le mode difficile a commencé lorsqu’il a fallu remonter au début des années 2000, une époque où il n’y avait pas de trophées, moins de traces numériques (car moins d’achats en ligne) et des souvenirs encore plus flous.

Ce fût alors un plaisir de retrouver certains tickets de caisse — à peine lisibles quand le poids des années efface leur encre — que j’avais soigneusement laissés dans la boîte de certains jeux (OMG, une date ! Un prix ! Ah mais oui, je me souviens ! ). Comme quoi, j’avais déjà quelques TOC d’archivage à l’époque. Je savais bien que ça me servirait un jour.

Une des choses les plus difficiles à évaluer reste le temps passé sur chaque jeu. Je regrette que l’OS des PlayStation (au moins depuis la PS3) ne fasse pas un meilleur boulot là-dessus, d’autant que Steam ou même la Switch ont l’air de plutôt bien y arriver. Quand les jeux n’intégèrent pas eux-mêmes ces données (dédicace obligatoire aux statistiques de WipEout HD, et leur sublime « Temps passé à lire les stats » 😂), je m’en suis donc tenu à la méthode du doigt mouillé, en m’appuyant néanmoins sur les chiffres du salutaire HowLongToBeat.com.

Mes statistiques de jeu sur WipEout HD Fury (PS3)
Si seulement tous les jeux étaient aussi généreux que WipEout HD Fury en termes de statistiques…

Dans l’ensemble, je m’en suis plutôt bien sorti jusqu’à la génération PS3/360 incluse. Mais avant cela, le terme d’archéologie ne serait presque plus une usurpation. À l’époque, je n’avais pas une hygiène d’archivage de mes données aussi bien rodée qu’à l’heure actuelle. Ni les outils, pour être honnête.

Notion à la rescousse

Heureusement, maintenant il y a Notion. J’ai tellement de choses à dire sur ce logiciel, que l’article que j’aimerais lui consacrer va mettre du temps à arriver. [Note d’avril 2020 : le voilà !] En attendant, cet article-ci vous donnera un avant-goût de ce qu’on peut faire avec :

Mon musée de jeux vidéo personnel dans Notion
Vous pouvez cliquer sur l’image pour y voir plus clair.
Elle ne reste néanmoins qu’une petite partie du tableau complet.

Après avoir compilé l’essentiel des données, j’ai pu assouvir quelques-unes de mes préoccupations de nerd les plus profondes. J’ai maintenant à ma disposition l’outil ultime pour trouver, en quelques secondes, la réponse à ce genre de questions :

  • Combien ai-je acheté de jeux dans ma vie ? Combien ça m’a coûté ?
  • Quel est mon top 10 des jeux sortis en 2003 ?
  • Combien de temps ai-je passé sur Resident Evil 4 ?
  • Combien ai-je dépensé d’argent dans les jeux vidéo en 2017 ? Quel était le prix d’achat moyen ?
  • Pourquoi je trouvais Beyond Good & Evil si incroyable, déjà ?
  • Combien d’heures ai-je passé à jouer cette année ? Est-ce plus que l’année dernière ?
  • Pourquoi ai-je abandonné Alienation ?
  • Quel est mon classement des meilleurs jeux GameCube ?
  • Combien de jeux ai-je platiné ? Lesquels ? En combien de temps ?
  • Quels sont les jeux de la dernière décennie sur lesquels j’ai passé le plus de temps ?
  • J’ai vraiment mis 9 à Rayman Origins ? Je l’avais eu à quel prix, déjà ?
  • Combien d’euros mon abonnement au PS+ m’a-t-il fait économiser ?

J’en passe et des meilleures. Avec un peu de chance, vous serez sensibles à ce genre de questions que seuls les fanatiques d’un sujet aiment se poser. Quand les basketteurs s’amusent à faire des top 10 sur tous les sujets imaginables, les passionnés de jeux vidéo s’amusent aussi à faire des classements sous tous les angles, selon tous les critères du monde. C’est sans doute à cela qu’on décèle un certain niveau de passion. Les débats interminables pour savoir quel est le meilleur Zelda n’ont pas fini d’animer les discussions entre geeks.

Plutôt que vous exposer l’intégralité de ma base de données (qui est finalement assez personnelle, ce qui par définition n’intéresse que moi), je trouve qu’il est plus intéressant de vous partager le tableau Notion que j’ai utilisé pour accueillir ma collection, au cas où vous aimeriez reconstituer la vôtre. Si jamais ma démarche vous intéresse, cette base de données — vierge ou presque — pourra vous être utile pour mettre un pied à l’étrier. Ne vous gênez pas pour jouer avec, la copier, l’améliorer et la personnaliser à votre guise. Vous aurez juste besoin d’un compte Notion, un des outils qui m’a le plus changé la vie ces dernières années.

La puissance des bases de données de Notion
On peut faire de très belles choses avec les bases de données Notion. Je vous souhaite d’y prendre autant de plaisir que moi.

Statistiques et exploitation des données

Si ce genre de données vous intéressent et que vous vous lancez dans l’aventure, peut-être pourrez-vous m’aider à compléter la liste de statistiques qui me semblent dignes d’intérêt pour analyser mes habitudes de consommation de jeux vidéo :

  • Nombre de jeux archivés
    • Au total
    • Par année
    • Par machine
    • Indice d’intensité
    • Ratio jeux terminés / jeux abandonnés
  • Temps de jeu
    • Total
    • Par machine
    • Par genre
    • Par tag spécifique
    • Par année
    • Par mois
    • Moyennes annuelles
    • Moyennes mensuelles
    • Classement des jeux sur lesquels j’ai passé le plus de temps
    • Temps moyen passé par jeu
  • Argent, sommes dépensées
    • Argent dépensé en jeux vidéo sur toute ma vie
    • Argent dépensé en jeux sur une année
    • Moyenne des dépenses annuelles
    • Moyenne des dépenses mensuelles
    • Prix d’achat moyen de mes jeux
    • « Coût horaire » par jeu (ratio entre le prix d’achat et la quantité d’heures passées sur le jeu)
  • Notes, plaisir
    • Classement de mes jeux préférés par année de sortie
    • Classement de mes jeux préférés par année où j’y ai joué
    • Classement de mes jeux préférés par machine
    • Classement de mes jeux préférés par genre
    • Classement de mes jeux préférés par tag spécifique
    • Moyenne des notes attribuées à mes jeux
    • Moyenne par an
    • Moyenne par machine
    • Moyenne par genre
    • Moyenne par tag spécifique

Je vais m’arrêter là avant de me transformer en contrôleur de gestion. Mais plus sérieusement, n’hésitez pas à contribuer. Je ne serais pas surpris que ma base de données continue à s’enrichir au fil du temps. Pas seulement en jeux, mais aussi en propriétés ou critères qui me permettent d’analyser ma consommation et éclairer mes futures décisions.

Car c’est surtout pour ça que je compile ces données : décrypter mes habitudes d’achat et prendre de meilleures décisions. Je trouve toujours aussi fascinant d’analyser ses choix passés avec le recul des années d’une part, et l’objectivité implacable des chiffres d’autre part. C’est probablement ce qui m’a poussé à faire ce travail, qu’on pourrait qualifier de « bilan continu de ma vie de joueur ».

Dans mon analyse personnelle de ces données, il y a au moins un enseignement dont j’aimerais vous parler. C’est une tendance de consommation un peu contre-intuitive, que j’ai beaucoup mis en application ces dernières années. À vrai dire, l’exploration de mes données m’a conforté dans cette pratique. Elle consiste à décorréler ma consommation de jeux du rythme de leur sortie.

S’affranchir de l’actualité pour jouer selon son propre emploi du temps

Plus ça va, et moins j’ai tendance à jouer aux jeux au moment de leur sortie. Pour les jeux solo, tout du moins. Les jeux qui m’intéressent sortent à un rythme effréné, et leur prix a aussi tendance à baisser de plus en plus vite. Il me semble donc plus intéressant de me déconnecter de la cadence infernale des sorties de nouveaux jeux, pour me consacrer à mon backlog. Au lieu de laisser l’actualité dicter mon rythme de consommation, j’y vais à mon propre rythme, en fonction de mon emploi du temps et de mes envies profondes.

Ça m’évite de terminer comme tous ces gens qui ont des jeux encore sous blister, ou qui n’ont pas joué à la moitié de leur collection Steam à force de sauter d’une bonne affaire à l’autre. L’incroyable richesse du PS+ m’a aussi conforté dans cette tendance (surtout après avoir payé certains jeux au prix fort, avant qu’ils ne deviennent gratuits par le PS+ quelques mois plus tard). Bien plus douce pour mon portefeuille, et bien plus épanouissante à long terme.

Le fait de jouer « en décalé » par rapport à l’actualité a au moins une autre vertu : le temps qui passe est un impitoyable filtre à la qualité des jeux. Il est d’une efficacité redoutable pour faire le tri entre les plus savoureux, et ceux dont l’intérêt est au contraire plus fugace, n’ayant parfois bénéficié que d’un vulgaire effet de mode au moment de leur sortie. Notre jugement se bonifie avec le temps, et j’ai tendance à croire que les meilleures expériences sont celles qui perdurent — au moins dans nos mémoires — après plusieurs années.

Bon, je m’amuse quand même toujours à faire mon classement des meilleurs jeux de l’année (c’est d’ailleurs un des objectifs de cette base de données), ce qui permet de me reconnecter au marché de l’époque. Mais la conséquence principale de cette habitude de consommation, c’est que les regroupements de jeux par année de sortie ont de moins en moins d’intérêt pour moi.

La liste des jeux auquels j’ai joué pendant l’année est plus parlante, et c’est au fond ce qui a donné naissance à ce travail d’archivage. Comme par hasard, mon surplus de motivation a eu lieu au moment des traditionnels tops de fin d’année.

Aide à la décision

Avant de me lancer dans la partie archéologique, ma page Notion « Jeux vidéo » a commencé par un tableau très simple, qui servait juste à faciliter ma prise de décision quant aux jeux sur lesquels j’allais bientôt passer du temps. Évidemment, ce tableau existe toujours. Au moment où j’écris ces lignes (janvier 2020), il ressemble à ça :

Kanban sous Notion pour décider des prochains jeux auxquels je vais jouer

Au départ, les années précédentes étaient incluses dans ce tableau et s’accumulaient sur la droite ; je n’avais donc qu’un seul tableau. Je me suis permis de séparer les deux pour que ce soit plus clair. Un tableau Année en coursd’une part, un tableau Historique d’autre part. Pour autant, grâce à Notion, ils communiquent parfaitement. Quand l’année se termine, je n’ai qu’à glisser-déposer les jeux archivés de l’année d’un tableau à l’autre, pour que mon entreprise d’archivage de mon parcours de joueur continue tranquillement son bonhomme de chemin.

Jusqu’à la fin de ma vie ? Excellente question. C’est sans doute à ce moment là que ces données seront les plus intéressantes.


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