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Je n’aime pas le mot « productivité »

📆 Publié en janvier 2020.
✍ Dernière mise à jour en avril 2020.

⚠️ L’importance des dates
Les outils évoluent sans cesse, bien plus vite que ma bande passante pour maintenir à jour cette base de connaissances (car ce n’est pas mon travail à plein temps, m’voyez).

Il est possible que le contenu de certains articles ne soit plus tout à fait valable au moment où vous le lisez. Remettez donc toujours les pages dans le contexte de leur date d’écriture, c’est important.

J’ai un problème avec le mot « productivité ». De la part d’un type qui écrit des tartines sur ses outils de productivité favoris (au point d’y consacrer un site entier), c’est forcément un peu paradoxal. Même si je peux passer des heures à automatiser un processus qui me fera gagner un dixième de seconde par jour, il y a toujours un truc qui me dérange dans cette constante quête d’optimisation. C’est ce sur quoi j’aimerais réfléchir dans cet article.

Disruptive Humans of Linkedin

Quand je parle de productivité, d’efficacité ou d’optimisation, je ne peux pas m’empêcher de ressentir une certaine appréhension. Une partie de mon esprit va immédiatement penser à certains infopreneurs douteux. Ces apprentis-gourous du développement personnel, prêts à tout pour vous vendre leur formation qui va vous permettre de devenir riche… en vendant vous-même des formations.

La recherche de productivité fait aussi écho aux plus beaux clichés de la start-up nation, dans lesquels je ne me reconnais pas vraiment. Ces startuppers disruptifs qui veulent monter le prochain Facebook, ou autres influenceurs qui font des morning routines pour optimiser chaque minute de leur vie en devenant plus inspirants.

Ce genre de personnes alimentent quotidiennement des comptes Twitter comme Disruptive Humans of LinkedIn, qui savent mettre en exergue le ridicule de certaines publications. C’est même devenu un positionnement crédible pour certains humoristes comme Karim Duval.


Le petit truc qui me gêne, donc, c’est que toutes ces personnes — avec qui je ne me sens pas vraiment en phase — parlent très souvent de « productivité ». C’est une thématique récurrente dans leur panoplie de contenus inspirationnels™. Ce sont les premiers à faire du storytelling autour des outils qui les ont prétendument rendu 100 fois plus productifs.

Résultat, quand je pense à ce terme, j’ai souvent en tête ce genre d’énergumènes, dont le discours est bien loin de ce que je souhaite transmettre avec ce site. Pour ainsi dire, je ne suis pas du tout dans ce délire. Il suffit de parler cinq minutes avec moi pour se rendre compte que je ne souhaite ni devenir Travis Kalanick, ni vous aider à travailler 20 heures par jour. Je suis là pour discuter de ce qui peut rendre nos vies plus agréables, pas pour devenir un robot.

Alors comment faire pour parler d’outils de productivité sans être immédiatement associé aux plus beaux stéréotypes du startupper disruptif ? Pas évident, même quand on ne s’appelle pas Théobald. C’est le problème avec les termes galvaudés : ceux qui veulent en parler sérieusement doivent déminer toutes les idées reçues à leur sujet. J’espère que le contenu de ce site suffit à vous convaincre que je ne joue pas dans la cour des vendeurs de rêve. Ce n’est pas vraiment ma came.

Si des gens comme Paul Douard tombaient sur ce site, ça m’embêterait qu’ils me mettent dans ce genre de case. Car même si mon caractère obsessionnel envers les outils de productivité est inéluctable, je suis pourtant sensible à cette culture de l’anti-ambition dont il parle. Ce que je veux dire, c’est qu’on peut très bien être passionné d’outils de productivité sans pour autant se reconnaître dans les clichés productivistes de la start-up nation. Je pense que la recherche d’optimisation n’est pas incompatible avec le lâcher prise, même si ça ressemble à une contradiction absolue.

Le paradoxe productiviste

Que ce soit conscient ou non, tout le monde est intéressé par sa productivité. Dans chacune de nos décisions quotidiennes, en particulier les plus fréquentes, nous choisissons intuitivement les solutions les plus simples. Nous évitons les frictions. Nous allons au plus facile, au plus rapide, et donc au plus « productif ». Personne n’aime faire en 20 clics ce qu’il pourrait faire en 1 raccourci clavier. Personne ne va passer 5 heures sur une tâche qu’il pourrait accomplir en 5 minutes.

À moins que prendre son temps soit justement un choix délibéré, comme c’est le cas de nombreuses activités de loisir. Si je pars faire une promenade à pied, l’intérêt intrinsèque de cette activité est d’être improductive, en comparaison du même trajet s’il avait lieu à bord d’une Formule 1. J’écoute mes podcasts en x2,7, mais je n’ai pas envie que les films que je vois au cinéma soient diffusés en vitesse accélérée. Quand je me lance dans un jeu vidéo, je n’ai pas envie d’accéder directement au dernier niveau. Bref, vous voyez la nuance. Le terme « productivité » a besoin de nuance.

En réalité, même les plus allergiques aux concepts productivistes font eux-mêmes un travail d’optimisation constant — et souvent inconscient — sur de multiples tâches qu’ils doivent réaliser au quotidien. C’est juste qu’en fonction de son histoire personnelle, tout le monde a une vision différente du niveau d’optimisation dont sa vie a besoin. Tout le monde va se positionner différemment sur cette échelle allant du « lol, on va y passer trois plombes là non ? » au « lol, t’es complètement fou d’optimiser ta vie à ce point, détends-toi ».

Je ne suis donc pas du genre à diaboliser (toute proportion gardée) la productivité car au fond, c’est ce que nous cherchons tous. Sans forcément se l’avouer. Malgré la quantité infinie de projets que nous avons à mener, la multitude de contenus intéressants à découvrir, le nombre de personnes incroyables avec qui nous aimerions discuter… nos journées ne font toujours que 24 heures.

Du reste, je dois bien avouer que le terme « productivité » sous-entend forcément un côté « toujours plus » qui ne me correspond pas vraiment. « Toujours mieux » serait déjà plus approprié.

Optimiser pour mieux glander

Le but de cette recherche d’optimisation, ce n’est pas de devenir Elon Musk, de créer le prochain Uber (sincèrement, je ne vous le souhaite pas) ou de se comporter comme Maxime Barbier. Enfin, si c’est ce qui vous intéresse, libre à vous.

Mais dans mon cas, ces outils de productivité permettent de me libérer du temps pour faire les choses que j’aime, ou qui sont importantes pour moi. Ça peut être pour travailler plus, c’est vrai. Après tout, je cherche à exercer un travail qui me plait. Si mes outils de productivité me permettent de m’épanouir davantage en faisant avancer mes projets professionnels, tant mieux. Mais ils peuvent aussi m’aider à passer plus de temps avec ma famille. Plus de temps pour lire, jouer, faire du sport, glander, ou discuter avec des amis. Tout ce qui aura du sens pour vous.

Et puis, il ne faut pas se mentir, il y a une sincère dimension de plaisir dans cette fameuse quête d’optimisation. Tous les geeks de productivité dans mon genre sauront de quoi je parle. De la même manière qu’un passionné de mécanique peut passer plus de temps à bichonner sa voiture qu’à véritablement l’utiliser, le passionné d’outils de productivité prendra toujours un certain plaisir à tester de nouveaux outils pour optimiser ses workflows. Quitte à y passer parfois plus de temps que le workflow lui-même. C’est sans doute ce qui définit une passion. Le plaisir continu d’un processus optimisé — qui nous fait oublier certaines contraintes répétitives — est juste trop puissant.

Je crois que ce qui m’intéresse le plus avec mes outils de productivité, c’est cet aspect « bien-être ». Le moment où la notion de plaisir dépasse largement la capacité de certains outils à nous faire gagner du temps. Jeff Morris avait joliment exprimé ça au sujet de Superhuman :

💯

On est parfois contraint d’utiliser certains mots pour se faire comprendre, plus que parce qu’on les aime. Beaucoup de gens qui pratiquent de nouveaux paradigmes managériaux sont bien obligés d’utiliser l’expression « ressources humaines » (aussi nulle soit-elle) pour se faire comprendre. C’est un peu ce qui passe pour moi avec la notion de productivité. Le problème ne serait qu’une question de terminologie ?

La productivité est un terme qui semble davantage convenir aux machines qu’aux humains. Peut-être qu’il suffirait de parler d’efficacité ou d’efficience pour que j’arrête de me poser ce genre de questions. Mais avec un peu de chance, cet article vous aura donné une perspective différente de la notion de productivité. Quel mot pourri, franchement.


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