Avril 2026
Avril 2026
Ça va bientôt faire quinze ans que je saoule tout le monde avec
Alfred. Quinze ans que je ne comprends pas comment on peut passer ses journées derrière un MacBook sans même savoir qu’Alfred existe. Alfred aurait-il un problème de notoriété ?
OUI. Évidemment. Mais il y a pire : savoir qu’Alfred existe, l’avoir installé, et continuer à prendre sa souris pour mettre 20 secondes à faire une tâche qu’Alfred fait instantanément, à raison de deux cent fois par jour. Alfred aurait-il un problème d’adoption ?
OUI. Alfred n’est pas facile à prendre en main au démarrage. C’est une certitude. Pour résoudre ce problème d’adoption, j’en suis même arrivé à créer un cours en ligne qui explique minutieusement comment Alfred pourra vous faire gagner des centaines d’heures. Toutes les personnes qui l’ont suivi ne peuvent plus revenir en arrière.
Quant au problème de notoriété, même si je parle d’Alfred un paragraphe sur deux dans mes articles, je vais avoir du mal à le résoudre tout seul. Mais en 2020, un acteur ambitieux a bien compris que ce marché avait un potentiel immense et sous-exploité. Il est donc arrivé avec ses gros sabots (et ses millions de dollars des Venture Capitalists américains) pour faire ce qu’Alfred faisait déjà depuis dix ans. Et surtout : pour faire comprendre à tout le monde que les gens qui ont besoin d’un lanceur se comptent en centaines de millions.
Raycast entre dans la danse.
Raz de maray(cast)
Raycast est beau. Sa version gratuite est généreuse. Son interface est moderne. Son écosystème d’extensions est spectaculaire. Il a une communauté active, des raccourcis vers n’importe quelle app, un gestionnaire de presse-papiers, un client IA, des snippets, des notes rapides, un gestionnaire de fenêtres, une jolie calculatrice, des « Quick links » configurables en quelques secondes. Il s’améliore à un rythme que peu d’outils peuvent suivre. Bref, la hype est là. Et elle est justifiée.
Dans les mois et années qui ont suivi sa sortie, une partie des utilisateurs d’Alfred ont commencé à migrer vers Raycast. Je commençais à entendre des « ah mais tu n’es pas passé à Raycast ? » lorsque je parlais d’Alfred autour de moi. Des gens qui me demandent si je recommande toujours Alfred maintenant que Raycast existe (et qu’il est gRaTuiT).
Raycast est-il vraiment meilleur qu’Alfred ? Je n’avais pas vraiment pris le temps d’expliquer ma position jusqu’ici, alors il est temps de le faire maintenant.
Si vous attendez de moi que je vous explique en quoi Raycast est nul, vous allez être déçu. Raycast est objectivement supérieur à Alfred, sur presque tous les plans. Nier l’évidence ne servirait à rien. Si vous découvrez ce qu’est un lanceur aujourd’hui, Raycast est probablement le bon point d’entrée. Si je démarrais de zéro, je me tournerais très probablement vers Raycast.
Dès 2020, j’ai tout de suite vu en Raycast le successeur spirituel d’Alfred. Et je continue de le penser. Mais en 2026, j’utilise toujours Alfred.
Pourquoi je préfère toujours Alfred : des raisons pragmatiques
Il y a d’abord une raison que je ne peux pas éviter, tant elle influence la bataille : le poids des habitudes. Ce poids est décuplé lorsqu’on parle d’un outil aussi profondément intégré à mon système nerveux. Après presque 15 ans à utiliser Alfred des centaines de fois par jour (!), le moindre petit changement dans mes habitudes s’apparente vite à une énorme régression à court terme. Même pour des variations subtiles de processus similaires entre les deux apps. Alors quand les gains de long terme ne sont pas évidents… Le changement est simplement trop coûteux. Lorsque vos raccourcis Alfred sont des automatismes musculaires, ce coût du changement est gigantesque.
Mais bon, tout le monde n’a pas 15 ans d’Alfred dans les pattes à 300 utilisations par jour. Plus objectivement, je vois plusieurs éléments concrets où Alfred est factuellement meilleur que Raycast.
Vitesse d’exécution
Alfred est plus rapide que Raycast. Pas de façon spectaculaire, mais c’est perceptible sur les actions répétées : la recherche de fichiers, les actions sur les fichiers, les snippets, etc. Or, pour ce type d’outil avec une telle fréquence d’utilisation : chaque milliseconde compte. Je n’exagère pas.
Alfred est un outil qui peaufine sa vitesse d’exécution depuis ses débuts, en maitrisant le développement natif macOS à la perfection. Raycast est une plateforme dont les extensions ont un surcoût d’exécution.
Dans mon cas, la perte de vitesse lors d’une transition Alfred → Raycast a été difficile à supporter. D’ailleurs, les exemples de personnes qui reviennent à Alfred après quelques mois sur Raycast ne manquent pas. De nombreux développeurs essaient Raycast, apprécient l’interface moderne et les extensions, mais finissent par revenir sur Alfred pour sa vitesse brute.
L’étape supplémentaire qui fait mal
Dans la plupart des cas, Raycast requiert de taper a minima 2 commandes pour exécuter quelque chose. Par exemple, pour lancer une recherche parmi ses fichiers, il faut taper manuellement file, appuyer sur Entrée, puis taper sa recherche.

Ça n’a l’air de rien. Mais là encore, je ne peux pas vivre cette étape supplémentaire (systématique !) de Raycast autrement que comme une régression. Sur Alfred, il me suffit de taper ma recherche directement. Je peux lancer la plupart des mes actions en une seule étape : commande + mots-clef + Entrée, et c’est plié.

Certes, je pourrais toujours définir un raccourci clavier Raycast (hotkey) pour accéder à sa fonction file directement. Mais si je dois faire ça pour toutes les actions importantes, je vais vite manquer de raccourcis clavier disponibles.
Bref, j’ai beaucoup de mal avec ce processus en deux étapes. Ça peut se contourner, mais c’est le comportement par défaut de Raycast pour toutes les fonctions et les extensions ; il est vraiment ancré dans le design de l’app. Et quand on doit se le taper trois cent fois par jour, c’est loin d’être négligeable.
Mon ressenti général, qui rejoint d’ailleurs mon point précédent, c’est que Raycast est plus joli, mais globalement moins rapide.
Prix : le leurre de la version gratuite
La version gratuite de Raycast est certainement plus généreuse que celle d’Alfred, c’est indéniable. Mais pour profiter de toutes les fonctionnalités (notamment d’IA, ou simplement pour synchroniser vos données Raycast sur un autre ordinateur), vous aurez besoin de Raycast Pro. Et la version payante de Raycast est nettement plus chère que celle d’Alfred. La faute au modèle d’abonnement récurrent : à 8 $ par mois, ça chiffre vite.
En comparaison, le Powerpack d’Alfred, avec son option pour payer une seule fois à vie (!), est ridiculement peu cher. Un an de Raycast Pro coûte déjà plus cher qu’une licence Alfred à vie. Je continue de penser que mon achat du Powerpack (il y a bientôt 15 ans) est un des meilleurs achats de toute ma vie.
Local-first, offline-first
Alfred tourne entièrement en local. Il ne sait pas que j’existe, et n’a aucun intérêt à collecter quoi que ce soit sur moi. Il n’a pas de compte, pas de serveur, pas d’abonnement. Dans un environnement où je multiplie les outils connectés, les API et les services cloud, avoir une couche zéro qui ne dépend de rien d’autre est une forme de stabilité que j’apprécie.
Un duel de modèles économiques
Prenons un peu de hauteur. Parce qu’au-delà des raisons purement techniques et fonctionnelles, il y a aussi des considérations philosophiques qui entrent en compte, pour trancher entre deux visions bien différentes.
En matière de stratégie commerciale, Raycast et Alfred n’auraient pas pu faire des choix plus différents. Ce n’est pas une simple opposition de styles : ce sont deux philosophies économiques aux antipodes l’une de l’autre.
Alfred : le petit indépendant résilient
Alfred propose un paiement unique pour son Powerpack. Vous payez 34 £ (soit ~39 €) pour une licence individuelle, ou 59 £ (~68 €) pour le « Mega Supporter », qui inclut toutes les futures mises à jour majeures gratuites à vie.
L’application de base reste gratuite ; le Powerpack débloque les workflows, le gestionnaire de presse-papiers, les snippets et les intégrations avancées. Ce prix a légèrement augmenté au fil des années (environ 15-20 £ en 2011), mais la philosophie n’a jamais changé. Alfred affirme explicitement sur son site :
No subscriptions that sneakily change price, no renewals to remember.
Raycast : la start-up ambitieuse qui a levé 48 millions
Raycast a suivi un chemin inverse. Entièrement gratuit au départ, le produit a introduit son premier forfait payant en mai 2023 : 8 $ par mois en facturation annuelle (soit 96 $ par an) ou 10 $ mois en facturation mensuelle.
Ce forfait inclut l’IA illimitée (modèles standard), la synchronisation sur le cloud, les thèmes personnalisés, le traducteur, et un historique de presse-papiers illimité. Un module complémentaire « Advanced AI » coûte 8 $ supplémentaires par mois pour accéder aux derniers modèles IA d’Anthropic, Google, OpenAI et compagnie. La version gratuite reste généreuse : extensions communautaires, gestion de fenêtres, snippets, gestionnaire de presse-papiers (3 mois d’historique) et 50 messages IA.
Clair-obscur
Le contraste est saisissant : un utilisateur Alfred paie au maximum 79 $ une seule fois, tandis qu’un utilisateur Raycast Pro paie 96 $ chaque année, soit 480 $ sur cinq ans. Cette différence alimente des débats passionnés dans les communautés tech, où le modèle par abonnement de Raycast suscite à la fois admiration (pour le produit) et méfiance (pour la dépendance aux investisseurs en capital-risque).
Deux salles, deux ambiances
Au fond, ce duel illustre un affrontement typique — mais pas si fréquent — du logiciel moderne :
- d’un côté : la startup VC-backed, agressive, IA-first et multiplateforme (Raycast) ;
- de l’autre : le projet indépendant bootstrappé et 100 % autofinancé, résilient, concentré sur ses clients et ses valeurs cardinales, et philosophiquement opposé à l’abonnement (Alfred).
Raycast a clairement le momentum commercial : la croissance, le financement, l’écosystème d’extensions, la présence médiatique, la plongée assumée dans l’IA. Au total, ils ont levé 48 millions de dollars auprès des VC. Et même s’ils ne sont encore jamais tombés dans l’emmerdification, on sait très bien ce qui peut se passer lorsque les fondateurs d’une start-up avec de grandes ambitions ne sont plus les seuls maîtres à bord. Le modèle économique repose sur les versions payantes et sur les fonctionnalités IA. C’est honnête, mais ça veut dire que la pérennité du produit gratuit dépend d’une décision de valorisation, pas d’une relation directe avec les utilisateurs.
Alfred coûte 70 balles à vie. Pas d’abonnement, pas de compte, pas de serveur. L’application tourne en local, elle ne sait rien de vous, elle n’a aucun intérêt à collecter quoi que ce soit. Le couple derrière le projet en vit depuis des années. Sa durabilité parle pour lui : 15 ans de rentabilité sans dette, une vitesse brute inégalée, une loyauté communautaire profonde et une indépendance totale. Ce n’est pas du passéisme. C’est une question de qui est aligné avec mes intérêts sur le long terme.
En tout cas, difficile de faire un plus gros contraste entre la fusée Raycast et le karting Alfred, si vous me permettez cette analogie douteuse. Personnellement, j’ai choisi mon camp. À vous de choisir le vôtre. Mais fondamentalement, je crois que la vraie question n’est pas là.
Le vrai sujet n’est pas « qui est le meilleur des deux ? »
Dans son article, Josh Collinsworth raconte qu’il a utilisé Raycast pendant un an, puis qu’il est revenu à Alfred. Sa conclusion est proche de la mienne : Raycast est techniquement supérieur, mais Alfred est déjà excellent, et reste meilleur sur certains points critiques. Et surtout, les avantages de Raycast ne compensaient pas le coût de rupture avec ses habitudes.
C’est ça, le vrai sujet.
Un lanceur d’applications ne vaut que par la profondeur avec laquelle vous l’avez intégré. Les raccourcis que vous déclenchez sans réfléchir. Les workflows que vous avez construits. La vitesse qui vient de l’automatisme, pas de la fonctionnalité. Raycast peut avoir cinq fois plus de fonctionnalités qu’Alfred ; si vous n'en utilisez que trois en profondeur, l’outil le plus puissant est celui que vous utilisez vraiment.
Au fond, l’important n’est pas tellement de choisir entre Alfred et Raycast, c’est d’en utiliser au moins un des deux. Apprendre à utiliser un lanceur est une décision bien plus importante que celle de choisir entre Alfred et Raycast. Les deux sont excellents, et ont le potentiel de changer votre vie. Alors choisissez l’un des deux, mais surtout : apprenez à vous en servir.
P.-S. Si vous avez choisi Alfred et que vous voulez apprendre à bien vous en servir, on me souffle dans l’oreillette qu’Alfred School est exactement fait pour vous. Je viens justement de refaire toute la plateforme pour améliorer l’expérience — ça mériterait peut-être un futur article.
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🙏 Merci pour votre lecture
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Si mes textes vous ont apporté quelque chose et que vous aimeriez rendre la pareille, le mieux est d’en parler autour de vous. Si vous êtes conscient du temps que ça représente, vous pouvez aussi m’offrir un thé.
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