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Motion • Éliminer les distractions

📆 Publié en mars 2020.
✍ Dernière mise à jour en juillet 2020.

⚠️ L’importance des dates
Les outils évoluent sans cesse, bien plus vite que ma bande passante pour maintenir à jour cette base de connaissances (car ce n’est pas mon travail à plein temps, m’voyez).

Il est possible que le contenu de certains articles ne soit plus tout à fait valable au moment où vous le lisez. Remettez donc toujours les pages dans le contexte de leur date d’écriture, c’est important.

Depuis l’écriture de cet article, beaucoup de choses ont changé dans l’offre de Motion. La partie « bloqueur de distractions », qui définissait clairement le produit au départ, n’est devenue qu’une fonctionnalité parmi d’autres. Motion est devenu un outil de productivité beaucoup plus complet.

Le problème, c’est que les nouvelles nouvelles fonctionnalités qu’ils ont ajouté ne m’intéressent pas vraiment : ce sont des problèmes que je résous déjà parfaitement avec Alfred depuis des années. C’est justement sur les fonctionnalités anti-distractions (largement décrites dans cet article) que je trouvais ce produit intéressant.

Après les avoir laissées dans la version gratuite, ils ont carrément supprimé cette dernière en juillet 2020. Ils se positionnent à présent comme un outil de productivité de luxe, à $20 par mois, avec des onboardings personnalisés pour tous les nouveaux clients. L’influence de Superhuman est encore plus flagrante.

Tout ça pour dire que je n’utilise plus Motion. Dommage, car la partie « anti-distractions » était vraiment intéressante. Pour tout le reste, ils sont très en retard sur Alfred.

Ça m’apprendra à faire des articles sur des produits trop jeunes. 😄

Ne vous est-il jamais arrivé d’être impressionné par votre productivité à bord d’un voyage en train ? En étant isolé des interruptions habituelles, et privé d’Internet pendant tout le trajet, vous avez avancé à fond sur votre projet du moment. Bien plus vite que pendant vos horaires de bureau.

Comme si un bouclier géant vous avait protégé de toutes ces distractions qui vous empêchent habituellement d’aller de l’avant. Ces notifications intempestives, ce collègue qui vous tape sur l’épaule pour vous prévenir qu’il vous a envoyé un e-mail, lui-même à l’origine de l’agitation de votre Dock rempli de pastilles rouges.

Faudrait-il alors systématiquement travailler dans des trains plutôt que dans des bureaux ? J’ai beau aimer les trains, ça risquerait de vous coûter un peu cher. Surtout si vous êtes trop vieux pour avoir un abonnement TGVMax.

Sans forcément arriver à des solutions aussi radicales, il est parfois bon de remettre des barrières. De minimiser les interruptions, de se couper des distractions qui happent toute notre attention. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des outils pour vous aider à lutter contre ce fléau des temps modernes.

Bouclier anti-distraction

De nombreuses solutions logicielles existent pour complexifier, limiter ou carrément bloquer l’accès aux sites qui nous bouffent trop de temps. Entre Freedom, HeyFocus (présent dans Setapp), ColdTurkey, StayFocusd, Selfcontrol, Forest, Block Site, LeechBlock ou encore Focusmate, le marché est même relativement bien fourni.

Ces outils sont de bons exemples de frictions volontaires. En vous empêchant d’accéder aux sites distractifs, ils vous aident à arrêter de perdre votre temps. Certains sont des logiciels à installer sur votre OS, et fonctionnent aussi sur mobile. D’autres sont de simples extensions de navigateur.

Pour ma part, j’ai utilisé Freedom pendant plusieurs années, depuis 2016 environ. Et puis, en début d’année 2020, je suis passé à Motion.

Page d’accueil de Motion

É-Motion

Je n’ai pas pour habitude d’écrire sur un logiciel que j’utilise depuis si peu de temps. En général, je préfère laisser agir la redoutable épreuve du temps pour affiner mon point de vue, et ne vous partager ici que mon expérience sur des solutions éprouvées depuis plusieurs années.

J’ai eu envie de faire une exception avec Motion. Parce qu’en plus de très bien faire écho à mon article sur la friction délibérée, je trouve ses débuts particulièrement prometteurs. Tellement prometteurs qu’ils m’ont poussé à abandonner Freedom, alors que je m’en servais depuis quatre ans et que j’en étais plutôt satisfait.

En fait, en commençant à utiliser Motion, j’ai pu mettre le doigt sur ce qui me posait problème avec Freedom, et la plupart des autres logiciels du genre.

Bloquer les gouffres à temps

Freedom a une approche assez brutale du blocage de sites. Quand vous démarrez une session Freedom, vous êtes véritablement « enfermé » (ou « libre » de travailler sur ce qui compte, ça dépend comment on voit les choses). Pendant le temps de la session, il vous est littéralement impossible d’accéder aux sites que vous avez définis comme distractifs.

Ce que Freedom affiche quand on essaie d’aller sur un site distractif
Quand j’essaie d’aller sur Twitter pendant une session Freedom.

C’est le but, on est d’accord. Bien souvent, j’avais besoin de cette radicalité dans le blocage, pour que ces supposées 30 secondes sur Twitter (pour faire une tâche bien précise) ne se transforment plus en 30 minutes à me faire happer par mon flux ou mes notifications. Ça m’a beaucoup servi.

Mais cette rigidité m’a aussi frustré dans pas mal de cas. Quand j’écris des articles, par exemple. C’est un exemple typique d’activité qui demande de la concentration, et où je ne souhaite pas être distrait par une timeline infinie. Néanmoins, l’écriture se nourrit parfois de la navigation sur certains sites bloqués. Pour avancer dans mon article, je peux être amené à aller brièvement sur Twitter, LinkedIn, YouTube, ou d’autres sites qui sont pourtant clairement identifiés comme distractifs.

J’ai besoin d’y accéder non pas pour me faire distraire, mais pour vérifier une information, par exemple. Ça doit durer quelques minutes tout au plus. Ce que je ne veux pas, c’est y passer plus de temps que ce pour quoi j’étais venu au départ. Or c’est souvent ce qui arrive quand on n’utilise pas ce genre de bloqueurs, puisque c’est précisément l’objectif de ce genre de sites, qui essaient de vous retenir dans leurs filets. Économie de l’attention, tout ça.

Bref, vous avez compris la subtilité. Pendant ces sessions de travail, je ne veux globalement pas aller sur Twitter, mais j’ai parfois besoin d’y accéder ponctuellement, pour accomplir un objectif très particulier.

En voulant faire ça avec Freedom, je me prenais un mur. Je n’avais pas d’autre choix que faire demi-tour. Ce qui, d’une certaine manière, m’empêchait d’avancer dans la tâche pour laquelle j’étais en pleine concentration. C’est quand même un peu dommage.

Le bon dosage de radicalité

Avec Motion, c’est un peu moins binaire :

Blocage d’un site distractif (Twitter) par Motion

Je me prends toujours un mur en pleine tête avec cet écran, qui « intercepte » à la volée mon entrée sur les sites distractifs (ici, Twitter). Motion me rappelle que je ne suis pas venu ici pour souffrir perdre mon temps.

Mais si j’ai quand même besoin d’y accéder brièvement, c’est possible. En cliquant sur le bouton « I need 1 min », je désactive le blocage pendant une minute. Avec un bon gros chronomètre pour me faire prendre conscience du caractère exceptionnel de la mesure :

Outrepasser le blocage de Motion pour une minute

Ce compte à rebours est vraiment utile pour ne pas s’éterniser dans cette parenthèse qu’on s’accorde sur un site distractif. Le chronomètre permet de prendre conscience du temps qui passe. On a vite tendance à l’oublier quand on se retrouve happé par un flux d’informations aussi bien ciblées.

À la fin du compte à rebours, l’avertissement revient. Si j’ai besoin de plus d’une minute, le bouton « I need more time » me donne un peu plus de flexibilité :

Définir le temps à passer sur un site distractif

Pour certains sites, Motion propose aussi quelques fonctions intéressantes pour rester concentré. Dans les visuels précédents, vous avez peut-être déjà remarqué la possibilité de cacher la barre des tendances sur Twitter. Sur YouTube, Motion vous propose de masquer les vidéos recommandées, souvent responsables des sessions de procrastination les plus tenaces. Sur Facebook et LinkedIn, il peut masquer votre fil d’actualité. Il vous propose aussi d’accéder directement à la messagerie, sans passer par l’aspirateur à attention qu’est votre flux.

Cacher le newsfeed de Facebook ou LinkedIn avec Motion
Les options de Motion pour rester concentré

Il existe même un bouton « Start Focused Session », qui permet d’afficher à côté du chronomètre la tâche sur laquelle vous êtes actuellement concentré. Une réponse pertinente à une situation qui m’arrive régulièrement : le moment où le contenu d’un site m’a fait oublier ce que pourquoi j’étais venu au départ. 🤦‍♂️

Motion : Start Focused Session

À mon sens, ces petits détails rendent l’approche de Motion plus intéressante que celle de Freedom, et tous les autres bloqueurs que j’ai pu tester. Ils sont toujours amenés de façon élégante et réfléchie.

Certains diront que le but d’un bloqueur, c’est de bloquer. Et que pouvoir outrepasser le blocage de cette manière est un peu contradictoire avec le concept-même de bloqueur de distractions. Vous aurez compris que c’est une histoire de sensibilité personnelle. Il n’y a pas forcément besoin de s’enfermer des mois dans un bunker quand on cherche simplement à diminuer sa consommation de Nutella — même si ça donnerait sans doute d’excellents résultats. Chacun doit identifier le bon dosage de radicalité, en fonction de ses habitudes et objectifs.

En ce qui me concerne, je trouve que Motion a trouvé un compromis idéal entre le blocage intransigeant (mais parfois frustrant) et l’open-bar (propice aux dérives). Le blocage reste incisif, mais apporte la touche de flexibilité qui me convient.

Identifier les vrais tueurs de productivité

Motion va même un peu plus loin que le simple blocage de sites distractifs. À partir des données concrètes et objectives de votre navigation, il vous présente un bilan journalier qui permet d’identifier les sites sur lesquels vous passez le plus de temps.

Motion liste les sites sur lesquels vous passez le plus de temps

C’est une belle manière de vous faire prendre conscience de la réalité de votre navigation. Surtout si vous n’utilisez pas déjà une solution comme Timing. Vous verrez que les données objectives de temps passé sont bien plus éclairantes que les estimations foireuses qu’en fait notre cerveau.

Dans le cas de Motion, ça permet surtout de prendre les bonnes décisions au moment de constituer sa fameuse liste de sites à bloquer. Si vous deviez faire cette liste en partant de zéro, il y a des chances que vous ne sachiez pas vraiment quoi mettre (au-delà des incontournables YouTube, Facebook ou Instagram). C’était un peu mon cas lorsque j’ai configuré Freedom pour la première fois. Avec Motion, le sujet est vraiment bien amené. Les données concrètes fonctionnent évidemment mieux que la méthode du doigt mouillé.

Avec le temps, Motion apporte tout ce qu’il faut pour nous faire adopter de bonnes habitudes de navigation, sans s’éparpiller dans tous les sens. Le projet est encore très jeune, à tel point que l’extension n’est disponible que pour Chrome à ce jour. Évidemment, le monde entier leur réclame une version compatible avec Firefox, et je pense que ça ne saurait tarder.

L’autre préoccupation vient du modèle économique, puisque tout est actuellement gratuit. Les 3 cofondateurs font partie du batch actuel du prestigieux Y Combinator, et semblent donc s’engager dans un modèle où l’hypercroissance est plus préoccupante que la rentabilité à court terme. Espérons que ce soit compatible avec la trajectoire convaincante empruntée par le produit jusqu’à présent.

Diversification et modèle freemium

En juin 2020, nous avons commencé à y avoir plus clair sur le modèle économique de Motion. En plus de la partie « bloqueur » dont je parle dans cet article, ils semblent partis pour construire yet another Alfred (mais limité à Chrome, donc inférieur à Alfred by design…) :

Motion Command
On est à la limite du plagiat de la barre de recherche de Superhuman. 😅

On trouve donc tout un tas de nouvelles fonctionnalités que j’utilise déjà avec Alfred depuis des années. Et c’est justement cette partie qu’ils vont chercher à monétiser. La partie « bloqueur » reste gratuite.

Rester dans la zone

Vous êtes sans doute conscients du problème. Avec l’avènement des réseaux sociaux, tout le monde y a déjà été confronté. Cette ahurissante quantité d’heures perdues à scroller sur Facebook, LinkedIn, Instagram ou autres timelines infinies. Ces moments où votre attention se laisse guider par les pires dark patterns de produits numériques, qui gagnent leur croûte en vous gardant captifs.

Les algorithmes qui optimisent notre « engagement » sont au cœur des produits comme Instagram, YouTube ou Twitter. Si vous voulez mon avis, ce sont un peu les cigarettes du ⅩⅩⅠe siècle.

Même si les consciences s’éveillent petit à petit sous l’impulsion des personnes comme Tristan Harris, le passage à l’action n’est pas toujours facile. Pour reprendre le contrôle de son attention et éviter de passer trop de temps là où vous n’en avez pas besoin, il est important de s’outiller correctement.

Voilà donc à quoi me sert Motion. Je le vois comme un bouclier qui me protège des distractions ambiantes, si caractéristiques de notre époque. En plus de jouer parfaitement son rôle de bloqueur intraitable, il se paye le luxe d’une approche intelligente, qui parvient à modifier mes comportements de façon vertueuse.

Si vous n’aviez pas encore conscience de la bataille qui se joue pour s’accaparer notre attention, sachez que nous sommes relativement démunis face aux cerveaux de ces milliers d’ingénieurs brillants. Heureusement qu’il nous reste encore quelques alliés pour mener ce combat. Je crois que j’ai trouvé mon préféré.


Logo de Motion


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